État entrepreneur — Fonds Souverain Industriel France (modèle Temasek), 30 participations stratégiques (outillage, semi-conducteurs, batteries, machines-outils, équipements médicaux), gouvernance autonome, ROI 6-8 %
L'État français a longtemps oscillé entre nationalisations idéologiques (1981, échec coûteux car gouvernance politique direct + sans rentabilité) et liquidations à perte (Renault, EDF privatisé partiellement, Alstom Énergie cédé à General Electric en 2014, GDF cédé à Engie). Or les modèles internationaux réussis montrent qu'un État peut être actionnaire majoritaire ou unique d'entreprises productives ET dégager des bénéfices : Singapour (Temasek Holdings, 280 Md$ d'actifs, ROI 14 %/an depuis 1974), Norvège (Equinor pétrolier semi-public + GPFG fonds souverain 1 500 Md$), Allemagne (KfW Bank publique + IPCEIs), France elle-même (Caisse des Dépôts, BPI, EDF, RATP — qui fonctionnent bien quand gouvernance autonome). Le programme propose 5 axes : (1) Création du Fonds Souverain Industriel France (FSIF) — dotation initiale 10 Md€ sur 5 ans, gouvernance indépendante modèle Norvège GPFG, mission : prises de participation majoritaires ou totales dans 20-30 entreprises stratégiques productives ; (2) Secteurs prioritaires — outillage industriel (perdu en 30 ans), semi-conducteurs (relocalisation STMicroelectronics renforcée), batteries (ACC consolidé), biens semi-finis métallurgie, machines-outils, robotique industrielle, équipements médicaux, équipements énergie verte, aéronautique sous-traitance ; (3) Gouvernance autonome — direction privée recrutée par concours, conseil d'administration indépendant (modèle Banque de France), seul l'État définit les missions stratégiques pas les choix opérationnels ; (4) Retour sur investissement — objectif ROI 6-8 %/an à 10 ans (modèle Singapour), bénéfices réinvestis ou versés au Trésor ; (5) Exportation et soutien à l'écosystème national — les entreprises FSIF exportent activement, achètent en France quand possible, contribuent à la souveraineté économique. Coût net 5 ans : neutre (FSIF est un actif, pas une charge), retombées long terme : ~5 Md€/an de dividendes ou ROI réinvestis à 10 ans, ~80 000 emplois industriels recréés.
Coût brut
10.0 Mds €
Coût net
0 €
Vecteur juridique
Loi ordinaire (création FSIF EPIC) + dotation LF + accord UE aides d'État + décrets gouvernance
Diagnostic
Les deux extrêmes historiques de l'État français :
Échec 1 — Nationalisations idéologiques 1981 : 39 entreprises et 5 groupes nationalisés (Saint-Gobain, Pechiney, CGE, Thomson, Rhône-Poulenc, banques BNP/SG/Crédit Lyonnais, etc.), pour ~38 Md de francs (équivalent ~50 Md€ 2024). Bilan : management politisé, faibles rentabilités, repris en main par les actionnaires privés à partir de 1986 et privatisés (1993-2005) avec souvent une moins-value pour l'État. Pourquoi l'échec : gouvernance trop politique, missions floues, pas de discipline de rentabilité.
Échec 2 — Liquidations à perte 1990-2020 : France Telecom (privatisé 1997-2004, devenu Orange), Air France (privatisé 1999), GDF/Suez/Engie (privatisé 2005), EDF (partiel 2005, renationalisé 2022 dans la crise énergétique), Alstom Énergie (cédé à General Electric en 2014, repris par EDF en 2024 — perte stratégique majeure documentée), Pechiney (cédé à Alcan en 2003), Lafarge (fusionné Holcim en 2015), PSA (devenu Stellantis 2021). Bilan : perte de souveraineté industrielle massive, désindustrialisation accélérée.
Le modèle international réussi : État entrepreneur avec gouvernance autonome :
| Pays | Structure | Actifs (Md$) | ROI moyen | Modèle |
|---|---|---|---|---|
| Norvège | GPFG (fonds souverain) | 1 500 | 6 %/an | Pétrole transformé en patrimoine |
| Norvège | Equinor (énergie) | ~100 | rentable | Semi-public, gouvernance autonome |
| Singapour | Temasek Holdings | 280 | 14 %/an | Participations dans entreprises stratégiques |
| Singapour | GIC (fonds souverain) | 690 | 7 %/an | Diversification mondiale |
| Chine | CIC (China Investment Corp) | 1 240 | 6 %/an | Modèle plus politique |
| Émirats | ADIA + Mubadala | ~950 | 6-8 %/an | Diversification post-pétrole |
| Allemagne | KfW (banque publique) | ~600 | rentable | Financement développement |
| France | Caisse des Dépôts | ~200 | rentable | Modèle historique préservé |
| France | BPI | ~30 | rentable | PME, innovation, transmission |
Le potentiel français existe : Caisse des Dépôts depuis 1816, BPI depuis 2013, EDF/Engie (anciennement), Naval Group, ADP, La Poste. Ces structures fonctionnent quand leur gouvernance est protégée du politique. La France a perdu cette habitude depuis 1986.
Pourquoi maintenant ? :
- Souveraineté économique : impossibilité de tout reposer sur les marchés privés et les multinationales étrangères (cas Alstom, ArcelorMittal, etc.).
- Souverainetés à sécuriser : médicaments, minière, énergétique, alimentaire — ces stratégies exigent des acteurs industriels publics français pour être pilotées durablement.
- Recettes nouvelles potentielles : dividendes futurs et plus-values, complément aux recettes fiscales.
- Emplois industriels : 1 emploi industriel = 3,5 emplois induits dans l'économie locale (étude France Stratégie 2023).
- Statut : Établissement public industriel et commercial (EPIC) doté de la personnalité morale, sous tutelle ministérielle économique, mais gouvernance autonome (modèle BPI + Banque de France).
- Dotation initiale : 10 Md€ sur 5 ans (2 Md€/an), financée par :
- Réaffectation d'une partie des dividendes de l'Agence des Participations de l'État (APE) : ~3 Md€/an (l'APE gère déjà ~120 Md€ d'actifs État)
- Recettes nouvelles G (suppression niches fiscales) : ~3 Md€/an dédiés
- Capacité d'emprunt avec garantie d'État : ~4 Md€/an
- Cible d'actifs sous gestion en 10 ans : ~30-50 Md€ (montée en charge progressive, levée de capitaux complémentaires, plus-values latentes).
- Cible d'actifs sous gestion en 20 ans : ~100-150 Md€ (modèle Singapour Temasek 50 ans pour atteindre 280 Md$).
Axe B — Secteurs prioritaires d'intervention
20-30 entreprises stratégiques productives ciblées, dans les secteurs suivants :
- Outillage industriel : la France a perdu ~80 % de sa production d'outils (perceuses, fraises, équipements professionnels) en 30 ans. Cible : reprise ou création de 3-5 acteurs nationaux (~500 M€).
- Semi-conducteurs : STMicroelectronics (déjà partenariat Italie), Soitec — renforcement participations FSIF. Cible : ~2 Md€ engagés.
- Batteries (Lithium-Ion + futur Sodium-Ion) : ACC (Automotive Cells Company, créé 2020 par PSA + Saft + Mercedes), Verkor — montée en participation publique. Cible : ~1,5 Md€.
- Biens semi-finis métallurgie : aciers spéciaux (perte d'ArcelorMittal Florange), aluminium, titane, alliages aéronautiques. Cible : 1 Md€.
- Machines-outils : la France importe 80 % de ses machines-outils (Allemagne, Italie, Japon). Cible : 500 M€ pour reconstruire une filière française.
- Robotique industrielle : marché à 90 % capté par ABB, KUKA, Fanuc, Yaskawa. Cible : 500 M€ pour créer 1-2 acteurs français à l'horizon 10 ans.
- Équipements médicaux : ventilateurs, scanners, IRM, équipements chirurgicaux. Cohérence Souveraineté médicaments. Cible : 800 M€.
- Équipements énergie verte : éoliennes (Vestas/Siemens dominent), photovoltaïque (panneaux 95 % chinois), électrolyseurs. Cible : 1,5 Md€.
- Aéronautique sous-traitance : sécuriser les sous-traitants stratégiques d'Airbus, Safran, Thales. Cible : 500 M€.
- Spatial commercial : ArianeGroup, équipements satellites. Cible : 500 M€.
Axe C — Gouvernance autonome (clé du succès)
- Conseil d'administration de 15 membres :
- 1 président nommé par décret en Conseil des ministres après avis conforme des commissions parlementaires (mandat 6 ans non renouvelable, modèle Banque de France)
- 5 personnalités qualifiées en gestion d'actifs et industrie (nommées par concours indépendant)
- 3 représentants des ministères (Économie, Industrie, Transition écologique)
- 3 représentants des partenaires sociaux (syndicats salariés)
- 3 personnalités qualifiées en stratégie économique
- Direction opérationnelle : CEO + CIO recrutés par concours international, contrats à durée déterminée 5 ans renouvelables 1 fois, rémunérations alignées sur le secteur (capping à 500 k€/an).
- Indépendance opérationnelle : l'État définit les missions stratégiques (souveraineté économique, secteurs prioritaires, contraintes éthiques), mais pas les choix opérationnels (quelles entreprises acheter, à quel prix, quelle restructuration).
- Audit annuel obligatoire par la Cour des comptes, publication intégrale du rapport.
- Charte éthique stricte : interdiction d'investir dans les armes controversées, le charbon thermique, les paradis fiscaux non coopératifs (modèle GPFG Norvège).
Axe D — Retour sur investissement (ROI) cible 6-8 %/an à 10 ans
- Objectif financier : ROI net moyen 6-8 %/an à horizon 10 ans (modèle Singapour Temasek 14 %/an, ambition réaliste 6-8 % pour la France).
- Réinvestissement : 70 % des bénéfices réinvestis dans le fonds (croissance des actifs sous gestion), 30 % versés au Trésor public (recettes budgétaires).
- Discipline de rentabilité : chaque participation doit présenter un business plan pluri-annuel cible, avec critères de performance (chiffre d'affaires, marge, emploi, innovation). Si l'entreprise n'atteint pas les cibles sur 5 ans, FSIF décide soit de restructurer, soit de céder, soit d'abonder pour relance.
- Pas de "filet" politique : aucune entreprise FSIF ne reçoit de subventions ad hoc en dehors du cadre normal. Si elle est en difficulté, c'est le FSIF qui décide.
Axe E — Exportation et écosystème national
- Objectif exportation : chaque entreprise FSIF doit avoir un plan d'exportation et un objectif de % de CA à l'export (10-30 % selon secteurs).
- Achats en France : les entreprises FSIF privilégient les fournisseurs et sous-traitants français, dans un cadre strictement légal (non-discrimination UE respectée), via choix qualitatifs justifiés (qualité, livraison, RSE).
- Coopération avec BPI : BPI cofinance les PME sous-traitantes des entreprises FSIF.
- Articulation Outre-mer : prise de participation prioritaire dans la filière nickel Nouvelle-Calédonie, tourisme Outre-mer, pêche durable.
Articulation programmatique avec les autres mesures
- Mesure Souveraineté médicaments / minière / hydrogène : FSIF prend des participations cohérentes.
- Mesure PME-artisanat : BPI Transmission cofinance les sous-traitants FSIF.
- Mesure F dette française : levier de financement souverain.
- Mesure G niches fiscales : recettes affectées au FSIF.
- Mesure Plan France Climat 2030 : participations dans la filière française d'énergie verte.
- Mesure Outre-mer : participations stratégiques Outre-mer.
Public cible
Directement concernés :
- 20-30 entreprises stratégiques des secteurs prioritaires — prises de participation ou créations
- ~80 000 emplois industriels sécurisés ou créés à horizon 10 ans
- APE (Agence des Participations de l'État) : refondue ou absorbée par FSIF
- BPI France : partenariat structurel renforcé
- Caisse des Dépôts : articulation avec FSIF (les deux ont des missions complémentaires : CDC = gestion patrimoine, FSIF = pilotage industriel actif)
Bénéficiaires indirects :
- L'ensemble de l'économie française via la souveraineté industrielle renforcée
- Territoires d'implantation des entreprises FSIF (effet localisation, emplois indirects)
- Trésor public via dividendes futurs (~5 Md€/an à 10 ans)
- Recherche française (CEA, CNRS, universités) : débouchés industriels pour les innovations
Pas concernés :
- Secteurs déjà compétitifs sans intervention publique (luxe, services financiers, etc.)
- Entreprises performantes du secteur privé : FSIF ne les concurrence pas, il intervient là où le marché est défaillant ou stratégique
Financement
Coût brut sur 5 ans : ~10 Md€ (dotation initiale FSIF)
- Réaffectation dividendes APE : ~3 Md€/an × 5 ans = ~15 Md€ (déjà comptabilisés dans le budget actuel)
- Réaffectation recettes G niches fiscales : ~3 Md€/an × 5 ans = ~15 Md€ (mais sur 5 ans cumulés ~10 Md€ effectivement alloués au FSIF)
- Capacité d'emprunt avec garantie d'État : ~4 Md€/an (sans coût budgétaire direct)
Solde net sur 5 ans : ~0 Md€ (réaffectation d'actifs et de recettes existantes, pas de dépense nouvelle nette).
Important : le FSIF est un actif dans le patrimoine de l'État, pas une charge. Les 10 Md€ engagés deviennent des participations valorisables.
Recettes attendues à long terme :
- Dividendes annuels : à partir de l'an 5-7, ~500 M€/an, montée vers 2 Md€/an à 10 ans, ~5 Md€/an à 15-20 ans (modèle Temasek à maturité)
- Plus-values latentes : ~30-50 Md€ d'actifs sous gestion en 10 ans, soit ~+20-40 Md€ vs dotation initiale
- Recettes fiscales indirectes : sur les ~80 000 emplois recréés (IR + cotisations + IS des entreprises FSIF), ~2-3 Md€/an à 10 ans
ROI macroéconomique attendu à 15-20 ans :
- Souveraineté industrielle restaurée sur 10 secteurs stratégiques
- Effet d'entraînement BTP/industrie : ~280 000 emplois indirects créés
- Réduction balance commerciale (moins d'importations stratégiques) : ~5-10 Md€/an à terme
- Recettes fiscales structurelles long terme
Financement : couvert par réaffectation des actifs et recettes existantes, sans charge budgétaire nouvelle nette.
Calendrier
- An 1. Adoption loi cadre FSIF. Saisine Conseil d'État sur statut EPIC. Recrutement Conseil d'administration et direction opérationnelle (CEO + CIO par concours). Définition de la charte éthique d'investissement. Validation UE (aides d'État compatibles cohérence IPCEI). Identification des 30 premières cibles stratégiques par audit interne.
- An 2. FSIF opérationnel. Première dotation effective (~2 Md€). Premières prises de participation : 5 entreprises stratégiques (outillage, batteries ACC, équipements médicaux, semi-conducteurs STMicro renforcé, biens semi-finis). Premier rapport annuel public.
- An 3. 10 entreprises sous participation FSIF cumulées. ~3 Md€ d'actifs sous gestion. Premier audit Cour des comptes. Premiers résultats financiers (pas encore de dividendes mais valorisation positive attendue).
- An 4. 20 entreprises sous participation cumulées. ~5-7 Md€ d'actifs sous gestion. Premier exercice de dividendes versés au Trésor public. Évaluation indépendante par France Stratégie.
- An 5. Régime cible : 30 entreprises sous participation, ~10-15 Md€ d'actifs sous gestion, premières plus-values significatives, ~500 M€/an de dividendes au Trésor. Bilan public complet : souveraineté industrielle restaurée, emplois créés, ROI cible 6-8 %/an confirmé ou ajusté.
Indicateurs de succès
- Actifs sous gestion FSIF (objectif : 10-15 Md€ en an 5, 30-50 Md€ en an 10).
- Nombre d'entreprises stratégiques sous participation FSIF (objectif : 30 en an 5).
- ROI annuel net (objectif : 6-8 %/an à horizon 10 ans).
- Dividendes versés au Trésor public (objectif : 500 M€/an en an 5, 2 Md€/an en an 10).
- Emplois directs et indirects créés dans les filières concernées (objectif : +80 000 en 10 ans).
- Part de marché française dans les secteurs prioritaires (objectif : doublement en 10 ans).
- Réduction balance commerciale stratégique (objectif : -5 Md€/an d'importations critiques en 10 ans).
- Audit Cour des comptes : conformité gouvernance et performance (objectif : avis favorable annuel).
Sources
- Singapour — Temasek Holdings, rapport annuel et modèle de gouvernance — Référence mondiale du fonds souverain industriel à gouvernance autonome.
- Norvège — Government Pension Fund Global (GPFG, Norges Bank Investment Management) — Modèle de gouvernance et d'éthique pour fonds souverain.
- Norvège — Equinor, modèle d'entreprise semi-publique rentable
- Allemagne — KfW Bank, banque publique de développement
- Agence des Participations de l'État (APE) — Rapport annuel
- Bpifrance — Modèle français de banque publique d'investissement
- Cour des comptes — Rapports sur la gestion des participations de l'État
- France Stratégie — Études sur la politique industrielle française et internationale
- Mariana Mazzucato — The Entrepreneurial State (2013) — Référence académique sur l'État entrepreneur producteur d'innovation.
Analyse IA — bientôt disponible
L'analyse contradictoire (conséquences, parallèles internationaux, score de réalisme) sera ajoutée par la phase 4 du projet.
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